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Si, tu seras un homme, mon fils

"Si : Tu seras un homme, mon fils"

de Rudyard Kipling

Traduction d'André Maurois (1918)

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,

Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.
Source : Si : Tu seras un homme, mon fils 
de Guillaume Reynard, éditions Flammarion, ISBN 2-08160952-5

Un peu de Philo : Epicure "Lettre à Ménécée"



Lettre d'Epicure à Ménécée, où se trouve résumé l'essentiel de ce que nous connaissons de l'éthique épicurienne, à sa fondation.

Conseil de lecture : "Le Diable dans un bénitier" : L'art de la calomnie en France, 1650-1800

 Le Diable dans un bénitier : L'art de la calomnie en France, 1650-1800

de Robert DARNTON

Présentation de l'éditeur :

Le Gazetier cuirassé; Le Diable dans un bénitier; La Police de Paris dévoilée; La Vie secrète de Pierre Manuel : quatre libelles parmi des centaines d'autres, pornographiques, délateurs, politiques. Leur accumulation fait corpus, tisse un récit si riche en intrigues et en anecdotes où les vies privées deviennent des affaires publiques qu'il semble que son invraisemblance ne peut être véridique. Mais les archives de la police et des services diplomatiques le confirment en tout point. Surtout, ce corpus est une mine concernant le statut de l'écrivain, le marché du livre, le journalisme, l'opinion publique et l'idéologie dans la France du XVIIIe siècle. 
L'art et la politique de la calomnie, développés sous les régimes de Louis XV, de Louis XVI, de la monarchie constitutionnelle de 1789-1792 et sous la République jacobine de 1792-1794, créent un univers en soi. Une foule de plumitifs et d'écrivailleurs, fruit de l'explosion démographique de la république des lettres, crèvent la faim à Paris, subsistent grâce à des travaux alimentaires pour quelques mécènes, et, lorsque l'embastillement pour dettes menace, se réfugient à Londres notamment où ils se font précepteurs, traducteurs, colporteurs de brochures, tout en produisant en série plagiée, grâce aux rapports fournis par des informateurs secrets à Paris et à Versailles, des opuscules qui diffament le souverain et ses ministres, les danseuses et les hommes du monde, et dénoncent la dépravation et le despotisme. Leurs ouvrages sont édités par les imprimeries qui prolifèrent aux frontières du royaume d'où elles ont tissé des réseaux complexes de contrebandiers qui fournissent partout en France libraires et colporteurs.
Le gouvernement français réplique en envoyant des agents secrets pour assassiner, enlever ou soudoyer les libellistes. La calomnie dans la France du XVIIIe siècle est un courant littéraire et un genre politique qui, après avoir sapé l'autorité de la monarchie absolue, s'intégra à la culture politique républicaine pour atteindre son point extrême sous Robespierre. L'évolution des contenus conforta la permanence de la forme.

  • Broché: 695 pages
  • Editeur : Editions Gallimard (4 février 2010)
  • Collection : NRF Essais
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070122204
  • ISBN-13: 978-2070122202

Quelques pensées de Nietzsche :

Le quadruple remède nietzschéen :

Dieu n’existe pas
La mort n’est pas à craindre
La souffrance n’est pas un mal
Le bonheur est possible

Quelques citations :

C'est perdre de sa force que compatir

Ce n'est pas le doute qui rend fou: c'est la certitude

Ce n'est pas quand elle est sale que celui qui accède à la connaissance répugne à descendre dans l'eau de la vérité, c'est quand elle est peu profonde

Ce qu'on fait par amour l'est toujours par-delà le bien et le mal

Ce que nous faisons n'est jamais compris,
et n'est toujours accueilli que par les louanges ou la critique

Celui qui ne veut agir et parler qu'avec justesse
finit par ne rien faire du tout

Celui qui sait commander trouve toujours ceux qui doivent obéir

Mettez-vous au centre de vous même

Deviens qui tu es! Fais ce que toi seul peux faire

Dieu est une réponse aux embarras de l'intelligence

Il est difficile de vivre avec des humains,
parce qu'il est difficile de se taire

Je ne veux pas que mes disciples fassent et pensent comme moi.
Je veux qu'ils trouvent leur propre voie, comme je l'ai fait moi-même

L'homme est quelque chose qu'il faut surmonter

La bêtise des bons est insondable

La maturité de l'homme, c'est quand il a retrouvé le sérieux
qu'il avait au jeu quand il était enfant

La moralité c'est l'instinct grégaire chez l'individu

La pensée du suicide est une puissante consolation;
elle aide à passer plus d'une mauvaise nuit

La vie n'est qu'une variété de la mort, et une variété très rare

Conseil de lecture : "Dieu et Marianne"


  • Broché: 384 pages
  • Editeur : Presses Universitaires de France - PUF
  • Édition : édition revue et augmentée (1 janvier 2005)
  • Collection : Fondements de la politique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2130548571
  • ISBN-13: 978-2130548577
En ces temps d'examen du projet de Loi interdisant le port de la burqa dans l'espace public, lire ou relire cet ouvrage est salutaire et indispensable.

PRESENTATION DU LIVRE

Dieu, c’est l’objet d’une croyance purement spirituelle, propre à certains hommes. Invoqué pour contraindre ou pour imposer une forme de spiritualité, Dieu est-il encore Dieu ? De nombreux croyants en doutent, qui rejoignent les libres penseurs dans le refus de toute confusion entre pouvoir temporel et témoignage spirituel. Et ce refus concerne aussi bien les groupes de pression confessionnels de la société civile que l’imposition d’un credo par un Etat clérical.

Marianne, c’est la République, c’est à dire le bien commun aux hommes. Généreusement ouverte à tous sans distinction, elle ne peut aliéner à personne l’espace de concorde qu’elle fait advenir : sa raison d’être est de promouvoir ce qui unit tous les hommes, non ce qui les divise et les enferme dans des « différences ». D'où la nécessaire séparation de l’Etat et des Eglises, réalisation juridique de la laïcité. L’égalité des croyants et des athées, mais aussi des croyants entre eux, est à ce prix.

La refondation laïque du droit ne permet pas que l’on glisse subrepticement de la dimension collective des religions à la nécessité supposée de leur reconnaissance publique. Sauf à ensevelir l’espace public sous la mosaïque des communautarismes. Est collectif ce qui concerne certainsprivé . Est public ce qui se rapporte à tous. Seule une hostilité à la République – ou une méprise sur son sens – peut conduire à souhaiter son effacement derrière des groupes de pression confessionnels qui aspirent à leur consécration publique au titre de leur place dans la société civile. La plénitude de la liberté de conscience interdit tout privilège accordé à une opinion spirituelle particulière, et toute monopolisation de la sphère spirituelle par les seules religions.

L’idéal laïque associe de façon forte la liberté de conscience, l’égalité éthique, juridique et symbolique des citoyens, et leur autonomie rationnelle. D’où sa portée positive universelle. Délier pour unir : une authentique fraternité peut désormais advenir. La laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, mais le plan où les options spirituelles apprennent à se transcender pour que puisse apparaître ce qui est commun à tous les hommes.

Contrairement à César, figure traditionnelle de la domination, Marianne ne se tient pas en surplomb au-dessus des hommes : elle n’est, en réalité, que la forme politique de leur union consentie par adhésion aux principes d’égalité et de liberté, l’expression même de leur souveraineté individuelle et collective. La neutralité confessionnelle de la République n’est donc pas le signe de son hostilité à la religion, mais la marque d’une exigence d’universalité propre à une puissance publique effectivement dévolue à tous les hommes. L’unité du peuple, en deçà de ses différenciations, est bien la référence décisive de l’émancipation laïque. Et son principe essentiel. Dieu et Marianne, ainsi affranchis l’un de l’autre, n’ont pas à se faire alliés ou ennemis, car ils relèvent de registres rigoureusement distincts. Libération réciproque, grâce à la séparation laïque.

La République, transcendance toute humaine du bien public par rapport aux intérêts particuliers, appelle sans doute une symbolique propre, et l’hommage d’une figuration sensible, mais elle n’a nul besoin d’une sacralisation dominatrice. Il est donc faux de la dépeindre comme une sorte de puissance tutélaire, et de prétendre qu’elle aurait fait l’objet, au moment de la laïcisation qui lui a donné tout son sens, d’un transfert de sacralité. Double contresens, sur l’Etat républicain, illégitimement pensé en analogie avec les Etats de domination traditionnels, et sur la laïcité elle-même, conçue à tort comme le relais d’une religion. Quant aux engagements religieux, s’ils sont vécus avec assez de respect des autres postures spirituelles pour éviter la tentation cléricale et l’intolérance, ils ne doivent plus requérir de soutien du pouvoir politique ni de reconnaissance officielle. De cette manière sont éradiqués les facteurs d’affrontement, anciens et récents, pour cause réelle ou imaginaire d’options spirituelles différentes.

La laïcité n’est pas simple sécularisation, mais promotion active, par l’instruction publique notamment, de l’autonomie de jugement qui affranchit les hommes de toute tutelle civile ou politique, qu’elle soit religieuse ou non. La concorde qu’elle rend possible est ainsi la plus authentique qui soit, car elle ne repose sur aucune sujétion des consciences, aucune emprise idéologique. Elle joint le généreux pari sur la liberté au souci d’un monde commun aux hommes. Seuls des hommes maîtres d’eux-mêmes et de leurs pensées, pleinement égaux et libres, peuvent donner sens et vie à la fraternité qui les unit sans les lier.

Tel est le message d’avenir et d’espoir laïque. Il est possible d’en mesurer toute la portée dans un monde que déchirent à nouveau les quêtes fébriles d’identité par lesquelles on croit pouvoir compenser la froide mercantilisation de toute chose et la misère moderne qui en est la rançon. Encore faut-il ne pas se tromper de diagnostic sur les causes de ce naufrage du sens, en imputant à la laïcisation ce qui provient d’un déficit de justice et de maîtrise sociale de l’économie. A cet égard, l’idéal laïque est aux antipodes du moralisme où tend à sombrer la politique, comme du conformisme qui fait du capitalisme l’horizon indépassable de notre temps. Il n’a rien à voir avec ce « monde désenchanté » qu’on nous dépeint trop souvent comme le désert du sens qu’aurait laissé le reflux du religieux dans la sphère privée. L’humanisme critique de la pensée laïque libère au contraire la vie spirituelle de toute étroitesse, en se réglant sur l’idée la plus haute de l’accomplissement humain. Mais pour qu’une telle référence garde un sens qui ne soit pas illusoire, il invite à transformer le monde, lucidement, à partir d’une connaissance des causes de sa détresse et de son injustice. Jaurès le rappelait : seule la République sociale peut accomplir pleinement les promesses de la laïcité. Et la réciproque est sans doute vraie, car la puissance d’agir sur un monde plus juste dépend de la puissance de comprendre.

HENRI PENA-RUIZ

Biographie : Henri Pena-Ruiz est maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris et professeur agrégé de philosophie en Khâgne (classe supérieure classique) au lycée Fénelon.

Philosophe et écrivain défendant les valeurs de solidarité, il est devenu un spécialiste des questions de laïcité qu'il pose comme fondement de l'universalité. C'est à ce titre qu'il a été en 2003, l'un des vingt sages de la commission sur la laïcité présidée par Bernard Stasi.

Bibliographie : Les Préaux de la République (1991), La Laïcité (1998), L'Ecole (1999), Dieu et Marianne, Philosophie de la laïcité (1999), La laïcité pour l'égalité (2001), Le roman du Monde (2001), Un poète en politique, les combats de Victor Hugo (2002), Qu'est-ce que la laïcité ? (2003), Leçons sur le bonheur (2004), Histoire de la laïcité, Genèse d’un idéal (2005).

Membre du Parti de Gauche Henri Pena-Ruiz a donné cette conférence au sein de son Parti le 18 juin dernier :

Jiddu Krishnamurti


Jiddu Krishnamurti (1895-1986) naquit en Inde et fut pris en charge à l’âge de treize ans par la Société théosophique, qui voyait en lui « l’Instructeur du monde » dont elle avait proclamé la venue.

Très vite Krishnamurti apparut comme un penseur de grande envergure, intransigeant et inclassable, dont les causeries et les écrits ne relevaient d’aucune religion spécifique, n’appartenaient ni à l’Orient ni à l’Occident, mais s’adressaient au monde entier. Répudiant avec fermeté cette image messianique, il prononça à grand fracas en 1929 la dissolution de la vaste organisation nantie qui s’était constituée autour de sa personne ; il déclara alors que la vérité était « un pays sans chemin », dont l’accès ne passait par aucune religion, aucune philosophie ni aucune secte établies.

Tout le reste de sa vie, Krishnamurti rejeta obstinément le statut de gourou que certains voulaient lui faire endosser. Il ne cessa d’attirer un large public dans le monde entier, mais sans revendiquer la moindre autorité ni accepter aucun disciple, s’adressant toujours à ses auditeurs de personne à personne. A la base de son enseignement était la conviction que les mutations fondamentales de la société ne peuvent aboutir qu’au prix d’une transformation de la conscience individuelle. L’accent était mis sans relâche sur la nécessité de la connaissance de soi, et sur la compréhension des influences limitatives et séparatrices du conditionnement religieux et nationaliste. Krishnamurti insista toujours sur l’impérative nécessité de cette ouverture, de ce « vaste espace dans le cerveau où est une énergie inimaginable ». C’était là semble-t-il, la source de sa propre créativité, et aussi la clé de son impact charismatique sur un public des plus variés.

L'une de ses convictions de base est que les transformations de la société ne peuvent s'accomplir sans une transformation de la conscience de chaque individu. "La vérité est en nous", même si, pour la rechercher "une collaboration amicale sans aucune autorité est préconisée". Pour Jiddu Krishnamurti, l'important est donc la connaissance de soi, libérée des contraintes et des limites de la religion et du nationalisme. L'homme a créé les représentations religieuses pour satisfaire un besoin de sécurité. Il prône la mise en doute de toute parole émanant d'une autorité, quelle qu'elle soit.

"Citoyen du monde", il voyage beaucoup pour enseigner sa pensée, aux Etats-Unis, où il réside et meurt, en Angleterre, en Suisse (rencontres estivales de Saanen), en Inde.

Pensée du jour ...

On dit, si cet homme qui remplit si bien sa place vient à mourir comment fera-t-on ? Mais il est remplacé et cela va. 

On dit, si nous ne faisons pas telle chose cette année, qu’est-ce qui arrivera ? Rien. 

Si tel changement n’a pas lieu dans l’administration, tout est perdu ! Non, on s’en tire.

Il faut faire et faire faire à chacun son devoir et quant on ne le fait pas cela revient encore à peu près au même … 

Charles Joseph de Ligne dit « Le Prince de l’Europe ».

Libres Penseurs célèbres : Pierre Sylvain Marechal (1750 - 1803)


Ecrivain, poète, pamphlétaire français, précurseur de l’anarchisme. Fils d'un marchand de vin, Pierre-Sylvain Maréchal suit des études de droit et devient avocat à Paris. A l'âge de 20 ans il publie "Bergeries", un recueil d'idylles, dont le succès lui vaut d'obtenir un emploi de sous-bibliothécaire au collège Mazarin dont il retirera une grande érudition. Admirateur de Rousseau, Voltaire, Helvétius, Diderot, il fréquente un cercle d’auteurs incroyants et développe une philosophie basée sur un socialisme agraire où les biens seraient mis en commun. Les thèmes utopistes de l'âge d'or qu'il reprend dans ses oeuvres sont parfois qualifiés "d'anarchisme utopique".

Ses critiques du pouvoir absolu ("Livre échappé du déluge", 1784) et son athéisme lui font perdre son emploi. Sylvain Maréchal est alors obligé de vivre modestement de ses oeuvres littéraires. Il est condamné à quatre mois de prison pour son "Almanach des Honnêtes Gens" (1788) où il substitue aux saints, des personnages célèbres, annonçant ainsi le futur calendrier révolutionnaire.

Sylvain Maréchal s'enthousiasme pour la Révolution française et défend les pauvres, tout en se montrant un adversaire de l'autoritarisme. Il ne prend pas parti dans le conflit entre les Girondins et les Jacobins et s’inquiète du tour pris par la Révolution. Sa rencontre avec Babeuf et sa conjuration des Egaux, va en faire l’un des précurseurs du mouvement libertaire et l'un des premiers anarchistes (Manifeste des Egaux, 1796). Publiant de manière anonyme après son emprisonnement de 1788, Sylvain Maréchal échappe ainsi aux poursuites judiciaires et peut écrire jusqu'à sa mort. Encore peu soucieux des droits de la femme, comme la Révolution, il rédige en 1801 un texte pour un "Projet de loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes".

Voulant délivrer l'homme de toute servitude, Sylvain Maréchal, "l'homme sans Dieu" est sans doute l’un des plus fervents partisans de l’athéisme durant la Révolution Française. Dans "Fragments d'un poème moral sur Dieu" (1780), il remplace le culte de Dieu par celui de la vertu et la foi par la raison. Il parodie la Bible dans "Livre échappé au déluge" (1784) et s’attaque à la religion qu’il considère comme un instrument des gouvernements oppressifs et un moyen d’exploitation sociale et économique. Dans le journal "Révolutions de Paris" dont il est rédacteur en chef, Sylvain Maréchal conduit une virulente campagne anticléricale. Athée tolérant, il consacre la fin de sa vie au développement de l'athéisme en lui donnant ses lettres de noblesse avec le "Dictionnaire des Athées anciens et modernes" (1800).

Bibliographie :
Bergeries (1770), Chansons anacréontiques (1770), Essais de poésies légères suivis d'un songe (1775), Fragments d'un poème moral sur Dieu (1780), Dieu et les prêtres, fragments d'un poème philosophique (1781), L'Age d'Or (1782), Livre échappé du déluge (1784), Almanach des Honnêtes Gens (1788), Apologues modernes, à l'usage d'un dauphin (1788), Dame Nature à la barre de l'Assemblée nationale (1791), Jugement dernier des rois (théâtre, 1793), Manifeste des Egaux (1796), Pensées libres sur les prêtres (1798), Le Lucrèce Français (1798), Culte et lois d'une société d'hommes sans dieu (1798), Les Voyages de Pythagore (1799), Dictionnaire des Athées anciens et modernes (1800), Pour et contre la Bible (1801).

"Cy repose un paisible Athée
Il marcha toujours droit sans regarder les cieux
Que sa tombe soit respectée
L'ami de la vertu fut l'ennemi des Dieux."

(Sylvain Maréchal / Son épitaphe qu'il a lui-même composée)

Ambrose Bierce et son dictionnaire du diable

Ambrose Bierce (1842 - 1914 ?)

Quelques morceaux choisis du Dictionnaire du diable d'Ambrose Bierce.

Foi n. Croyance sans preuve dans ce qui est affirmé par quelqu'un qui parle sans savoir, ou qui pense sans comparer.
Homme n. Animal si éperdu dans la merveilleuse contemplation de ce qu'il pense qu'il est, qu'il néglige ce qu'il devrait indubitablement être. Sa préoccupation majeure réside dans l'extermination des autres animaux, et de sa propre espèce, laquelle néanmoins prolifère avec une insolente rapidité qu'elle infeste tout le monde habitable et la Canada.
Naissance n. Le premier et le plus terrible de tous les malheurs.
Mythologie n. Ensemble de croyances d'un peuple primitif concernant ses origines, sa préhistoire, ses héros, ses dieux, etc ... à ne pas confondre avec les récits véridiques qui furent inventés par la suite.
Prêtre n. Homme qui prend en charge nos affaires spirituelles afin d'améliorer ses affaires temporelles.
Prier v. Demander que les lois de l'univers soient annulés en faveur d'un unique pétitionnaire, indigne de son propre aveu.
Saint n. Pécheur mort, revu et corrigé avant édition.
Sottise n. "Don divin" dont l'énergie maîtresse et créative inspire l'esprit de l'Homme, guide ses actions et magnifie son existence.
Tombeau n. Endroit où l'on place les morts, dans l'attente des étudiants en médecine.
Tuer v. Créer une vacance sans nommer un successeur.
Ver à viande n. Produit final dont nous sommes le matériau brut.

Libre Penseur Célèbre : William Kingdon Clifford

William Kingdon Clifford est un idéaliste influencé par Spinoza. Sa philosophie s'apparente à celle de Hermann von Helmholtz et Ernst Mach. Il est à l'origine de deux concepts : celui de « substance mentale » et celui de « tribal self » (« moi tribal »). Cette dernière expression, principalement examinée dans l'essai de 1875 intitulé « On the scientific basis of morals », précise la clef de son éthique : la conscience et les lois morales sont construites par le développement dans chaque individu d'un « moi » qui le pousse à adopter un comportement contribuant au bien-être du groupe.

La place importante de Clifford à l'époque s'explique en grande partie par son attitude à l'égard de la religion. Animé par un engagement profond pour la vérité et le dévouement au devoir public, il déclara la guerre aux systèmes ecclésiastiques qui, à ses yeux, favorisaient l'obscurantisme et mettaient les thèses sectaires au-dessus de celles de la société humaine. Le danger était d'autant plus grand que la théologie était toujours en conflit avec le darwinisme . Clifford fut alors considéré comme un défenseur des tendances athées alors imputées à la science moderne.

Il soutenait en particulier qu'il était immoral de croire des choses sans preuve, et ce notamment dans son essai de 1877 intitulé « The Ethics of Belief », qui contient le fameux principe : « il est toujours, partout et pour tout le monde mauvais de croire quoi que ce soit sur la base de preuves insuffisantes ». En cela, il s'opposait directement aux penseurs religieux pour qui la « foi aveugle » (i.e. la foi en dépit d'un manque de preuves) était une vertu. Ce texte fit l'objet d'attaques célèbres de la part du philosophe pragmatiste William James dans son texte intitulé "La volonté de croire". Ces œuvres sont souvent lues et publiées ensemble comme pierres de touche du débat entre foi et évidentialisme.

"L'éthique de la croyance et le poids de l'autorité", conférence de Jacques Bouveresse


Jacques Bouveresse, Professeur au Collège de France, Chaire de Philosophie du langage et de la connaissance, conférence au Colloque de rentrée.

Libre Penseur illustre : Paul Henri Dietrich, baron d'Holbach (1723 - 1789)

Le baron d'Holbach était allemand de naissance et d'éducation, mais français par sa fortune (il avait hérité de son oncle son argent, ses terres et son titre). Le domaine d'Holbach était un lieu de réunion pour les philosophes, principaux penseurs radicaux de la France de la fin du XVIIIe siècle. Il était athée, déterministe et matérialiste : selon Holbach l'Univers est un système complexe de substances matérielles organisées selon des lois causales plutôt qu'une création divine (ce que pensaient la plupart de ses contemporains, mais pas nécessairement les philosophes).
Holbach s'opposait à la monarchie absolue, aux religions d'états et aux privilèges féodaux. On peut dire qu'il était l'un des intellectuels les plus radicaux de son temps. Il a écrit beaucoup d'ouvrages aux idées très libres, qu'il a dû faire publier aux Pays-Bas de façon anonyme. Son titre le plus célèbre est Système de la nature (1770). Un résumé de sa position matérialiste athée a été publié deux ans plus tard: Le Bon Sens, ou Idées naturelles opposées aux idées surnaturelles (1772).
Holbach a tenté de prouver par sa vie que l'on pouvait être à la fois athée et vertueux, contrairement à l'opinion générale d'alors. Rousseau, qui n'aimait pas d'Holbach, le prit comme modèle pour l'«incroyant vertueux» de sa Julie ou La Nouvelle Héloïse. Selon Holbach, l'athéisme était un préalable à toute théorie valide en matière d'éthique. La religion, croyait-il, était fondée sur des dogmes et rituels absurdes et inutiles, tandis que l'éthique devait se baser sur l'utilité sociale et la coopération entre êtres humains.
Le plus étrange à son propos, c'est qu'il avait fait siennes deux positions apparemment incompatibles, car il était à la fois un déterministe résolu et un réformateur social. Il croyait ce qui rendait l'être humain spécial, ce n'était ni l' âme ni le libre arbitre. Nous faisons partie de la Nature, et nos choix et désirs sont aussi déterminés par les lois causales que les mouvements des planètes. Malgré cela, il s'est efforcé d'améliorer le sort de l'humanité en la débarrassant d'institutions injustes et dégradantes comme l'Église et la monarchie absolue.

Petite phrase grands effets

« Pesez bien les raisons qu’il y a de croire ou de ne pas croire, ce que votre religion vous enseigne, et vous oblige si absolument de croire. Je m’assure que si vous suivez bien les lumières naturelles de votre esprit, vous verrez au moins aussi bien, et aussi certainement que moi, que toutes les religions du monde ne sont que des inventions humaines, et que tout ce que votre religion vous enseigne, et vous oblige de croire, comme surnaturel et divin, n’est dans le fond qu’erreur, que mensonge, qu’illusion et imposture. »

Extrait du testament du curé Jean Meslier (1664 - 1729)

Libres Penseurs, un peu d'histoire

Il y a toujours eu des libres penseurs, des esprits émancipés, des "briseurs" d'images. Epiame, Lucrèce, en furent, dans l'Antiquité, de remarquables exemples. On en trouve même dans les époques les plus sombres du Moyen-Age. Les Vanini, Giordano Bruno, Jean Huss, Dolet, etc., pourchassés, emprisonnés, réduits au silence, devaient très souvent s'expatrier. Par la force des choses, ils furent amenés à correspondre avec des penseurs, des savants de différents pays qui poursuivaient, de leur côté, la même oeuvre d'émancipation des consciences.

Au XIXe siècle, les libres penseurs ne sont plus obligés, en règle générale, de se cacher, d'agir clandestinement pour échapper à leurs tourmenteurs. Ils vont former des groupements, afin d'unir leurs efforts pour une efficacité plus grande.

Au moment précis où les anticléricaux révolutionnaires de France s'attaquaient aux privilèges du clergé (ce qui incitait la Papauté à organiser, contre notre pays, la croisade de toutes les têtes couronnées d'Europe), des mouvements rationalistes apparaissaient en Angleterre et aux États-Unis - l'ambiance du protestantisme étant, dans l'ensemble, moins hostile et moins réactionnaire que celle du catholicisme romain. Dès 1792, Thomas Paine, contemporain de nos Voltaire, Diderot, Holbach et autres courageux écrivains, dont la pensée féconde prépara l'immortelle explosion de la Révolution française, publia son livre "L'âge de la Raison". En 1831, le premier journal libre penseur paraissait à Boston. Il s'appelait " L'lnvestigator ", mais son existence fut de courte durée, en raison des poursuites dont il fut l'objet de la part des puritains. Mais, depuis 1873, les libres penseurs des États-Unis publiaient le "Truth Seeker ", qui est donc l'organe rationaliste le plus ancien du monde entier et qui en fut, pendant longtemps, le plus important.

Aux U.S.A., comme, en Angleterre et dans les pays du Commonwealth, la Libre Pensée se recrutait plutôt dans les éléments cultivés ou semi-cultivés. Les milieux ouvriers ne semblaient guère touchés par sa propagande. On sait qu'il n'en a pas été de même en Belgique, en Italie, en France. C'est surtout en France que cette action prendra le caractère social le plus accentué.

Dès 1835, on note les plus anciens de ces groupes européens, mais leur existence fut éphémère. Quant aux Carbonaris et aux Blanquistes, très actifs dans les pays latins, leur action fut de nature plutôt politique, mais cependant presque toujours nettement anticléricale. En 1847, un cercle de Libre Pensée était fondé à New-York, sous le titre "La Convention des Infidèles". En France, après le coup d'État de 1851 qui amena la chute de la deuxième République et le rétablissement de l'Empire, la plupart des militants libres penseurs durent s'expatrier. Certains se réfugièrent en Suisse ou en Angleterre, mais le plus grand nombre émigra en Belgique. Ils participèrent à la fondation des premières sociétés de Libre Pensée belge. Les plus anciennes (elles existent encore), sont “ L'Affranchissement ” et “ Les Solidaires ”, de Bruxelles, respectivement fondées en 1854 et 1857. Celle d'Anvers est également très ancienne.

Les proscrits français avaient d'excellents motifs pour être ardents ennemis du cléricalisme. L'attitude du Haut Clergé avait été ignoble dans la période qui suivit le 2 décembre. Pour s’en convaincre, il nous suffira de rappeler quelques-unes des apostrophes les plus cinglantes de Victor Hugo dans "Les Châtiments", "L'histoire d'un crime", “ Napoléon le Petit ”. Il fallut attendre la chute de l'Empire et la proclamation de la IIIe République pour que la Libre Pensée puisse agir au grand jour. Mais il ne faudrait pas en déduire qu'elle était demeurée inactive durant les dix-huit longues années du règne de "Badinguet". Notons pourtant que les libres penseurs de France, et particulièrement les proscrits du 2 décembre, ont joué un rôle de premier plan, d'abord dans la création de l'Association internationale des Travailleurs, plus connue sous le nom de "Première Internationale", et, ensuite, dans la fondation de la Fédération Internationale de la Libre Pensée. Nombre de militants ont, du reste, collaboré à ces deux illustres associations car, à l'époque, on ne séparait pas la Libre Pensée du Socialisme et de la Démocratie.

(source blog des Libres Penseurs des Yvelines)

Conseil de lecture


On ne saurait trop vous conseiller de lire le numéro hors série n°26 du Point (mars-avril 2010) avec son dossier sur "La Pensée des Lumières"

La mort n'est rien pour nous

Habitue-toi en second lieu à penser que la mort n'est rien pour nous, puisque le bien et le mal n'existent que dans la sensation. D'où il suit qu'une connaissance exacte de ce fait que la mort n'est rien pour nous permet de jouir de cette vie mortelle, en nous évitant d'y ajouter une idée de durée éternelle et en nous enlevant le regret de l'immortalité.
Car il n'y a rien de redoutable dans la vie pour qui a compris qu'il n’y a rien de redoutable dans le fait de ne plus vivre.

Celui qui déclare craindre la mort non pas parce qu'une fois venue elle est redoutable, mais parce qu'il est redoutable de l'attendre est donc un sot. C'est sottise de s'affliger parce qu'on attend la mort, puisque c'est quelque chose qui, une fois venu, ne fait pas de mal.
Ainsi donc, le plus effroyable de tous les maux, la mort, n'est rien pour nous, puisque tant que nous vivons, la mort n'existe pas. Et lorsque la mort est là, alors, nous ne sommes plus.

La mort n'existe donc ni pour les vivants, ni pour les morts puisque pour les uns elle n'est pas, et que les autres ne sont plus. Mais la foule, tantôt craint la mort comme le pire des maux, tantôt la désire comme le terme des maux de la vie.

Le sage ne craint pas la mort, la vie ne lui est pas un fardeau, et il ne croit pas que ce soit un mal de ne plus exister. De même que ce n'est pas l'abondance des mets, mais leur qualité qui nous plaît, de même, ce n'est pas la longueur de la vie, mais son charme qui nous plaît.

Quant à ceux qui conseillent au jeune homme de bien vivre, et au vieillard de bien mourir, ce sont des naïfs, non seulement parce que la vie a du charme, même pour le vieillard, mais parce que le souci de bien vivre et le souci de bien mourir ne font qu'un. Bien plus naïf est encore celui qui prétend que ne pas naître est un bien et que la vie est un mal. Par exemple, celui qui dit : «Et quand on est né, franchir au plus tôt les portes de l'Hadès».

Car si l'on dit cela avec conviction, pourquoi ne pas se suicider ? C'est une solution toujours facile à prendre, si on la désire si violemment. Et si l'on dit cela par plaisanterie, on se montre frivole sur une question qui ne l'est pas.

Il faut donc se rappeler que l'avenir n'est ni à nous, ni tout à fait étranger à nous, en sorte que nous ne devons ni l'attendre comme s'il devait arriver, ni désespérer comme s'il ne devait en aucune façon se produire.

EPICURE
Lettre à Ménécée

310 av. notre ère

Michel Onfray (Doc 3)



Suite et fin du documentaire sur Michel Onfray